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TOPOGRAPHIE DE BEAUMONT


Topographie de Beaumont. - Plan d'ensemble; Les rues. La place publique. - L'hôtel-de-ville. - L'église. - Les confréries. Les couvents. - Les hôpitaux. - Les fortifications.

La ville de Beaumont est située sur le penchant d'une colline exposée au Midi et descendant jusqu'aux rives de la Gimone. Par delà la rivière, une riante vallée bornée à tous les points de l'horizon par un cirque de collines verdoyantes. Le pays, d'une grande fertilité, est essentiellement agricole. Autrefois, la forêt sans limites peuplait de ses chênes superbes la contrée tout entière; le sommet des collines est encore presque partout couvert de bois.

Ce ne fut que fort tard, à la fin du XIIIè siècle, que les abbés de Grandselve, propriétaires du sol, fondèrent la ville de Beaumont. L'acte de paréage dressé entre le roi et l'abbé concède aux habitants mille places (la place vaut 2 ares 33 centiares ou 233 mètres carrés) pour y construire, c'est-à-dire une superficie totale de 233,000 mètres carrés, précisément celle de la partie de ville enceinte par le chemin de ronde actuel.

PLAN D'ENSEMBLE. - RUES.

Tandis que la plupart des villes s'étaient formées spontanément de maisons placées au bord des routes ou près des églises, selon l'intérêt des propriétaires, les bastides du XIIIè siècle furent créées par les seigneurs sur des terrains libres et d'après des plans réguliers. Tel fut Beaumont, fondé par Eustache de Beaumarchais, sénéchal de Toulouse, comme représentant du roi en paréage 1 avec l'abbé de Grandselve, seigneur du lieu.

Au centre, la place publique, couverte en forme de halle tout auprès, la maison commune ; non loin, l'église : c'est le coeur de la cité. Puis, autour, des îles de maisons groupées en quadrilatères presque réguliers, et enfin, ceignant le tout, une ceinture de remparts.

Le plan d'ensemble présente, comme celui des bastides de cette époque la forme d'un quadrilatère (Cette forme, habituelle aux bastides fondées à cette époque, semble avoir été rapportée d'Orient par les Croisés. L'exemple le plus remarquable en France est Aigues-Mortes, dont le tracé et les remparts encore intacts ont été copiés sur ceux de Damiette), mais un peu déformé à cause de la déclivité du sol (Pour faciliter l'intelligence du plan, des lignes d'égale pente cotées y ont été tracées en pointillé). Dans les bastides construites en plaine, comme Grenade, les rues forment deux séries se coupant à angle droit ; à Beaumont, l'ingénieur a été contraint de faire dévier un peu les rues qui se sont trouvées sur les points les plus en pente du terrain. Et remarquez qu'une des séries de rues parallèles suit à peu près la ligne de niveau constant : telle, par exemple, la rue de Launac, continuée par celle de Lectoure. L'autre série, perpendiculaire à la première, est tracée dans la ligne de plus grande pente, sauf dans le bas de la ville, où des rampes trop fortes ont nécessité une légère déviation.

Ces rues n'avaient pas toutes la même importance. D'abord, deux grands courants, de la porte de Launac à celle de Lectoure et de la porte de Gimone à celle du Cimetière, traversent la ville en forme de croix dans son milieu et la divisent en quatre parts à peu près égales. Remarque curieuse : les rues à niveau constant du haut de la ville et celles à grande pente du bas de la ville sont les seules qui aient reçu des noms à l'origine: c'est là, un signe très explicite de leur importance. Les autres rues étaient appelées du nom générique de rue Traversière, avec indication des tenants et des aboutissants ; exemple : Carreria traversaria de Fonte et de S° Sacerdocio (1447), reüe Traverseère joignant la reüe de Gimont (1519) (On lit au livre terrier de 1662, le plus ancien subsistant aux archives : «La place; après la place avons remarqué la rue Saint-Jacques être la plus considérable et la plus fréquentée de cette ville, ensuite avons allivré les maisons de la rue de Lauriac, de l'Eglise et de Gimont. Après l'allivrement de la place et desdites quatre principales rues de Larrazet, Pintois, Lectoure et la Font. Et au regard des autres, moins fréquentées ou traversières de la ville... »).

Jusqu’à ces dernières années, les noms de rue ont peu varié; en voici le tableau d'après le cadastre de 1885 (Les anciens noms des rues sont tirés des archives de la mairie ou des minutes de notaire que M. Delibes, maire, et M. Guitard, notaire, ont bien voulu mettre obligeamment à notre disposition.)

I. – Série horizontale dit haut de la ville.
Rue de Tournecoupe. Rue de la Glacière (168o), carreira de Tornacoppa (1449).
Gillac de Gilhaco (1448).
Pintois de Pinthoe (1537), de Pintoerio (1446)
du Saint-Esprit de Sto Spiritu (1493).
de Larrazet, Rue Dauphine (1754), carreria de Arrazeto (1451)
de Gimont de Gimonte (1488).
de Lectoure de Lectore (1556 et 1449).
de Launac de Launaco (1447).

II - Série en pente du bas de la ville.
Rue Sainte-Claire de Malopagua (16l7)
Saint-Jacques ou de Gimone Sti Jacobi sive de Gimone (1488).
de la Font. des Fonts (1520), de Fonte (1449).
Saint-Sardos de Sto Sacerdocio (1448).

Place de la Caussade et fontaine de la Caussade, au bout de la rue de la Font; ce nom est complètement oublié, bien qu'en 1791 la commune fit encore réparer cette fontaine, disparue aujourd'hui.

Deux modifications seulement ont été faites au plan d'ensemble des rues :
1° La rue Taversière, allant de la rue Malopague au rempart, fut concédée aux Clarisses par délibération du 7 juillet 1679, à condition d'y bâtir une église. La façade en subsiste encore et fait partie du collège des Petits Frères de Marie;
2° La fin de la rue Malopague, touchant au rempart S, et la première rue Traversière en remontant furent concédées aux Cordeliers, par délibération du 10 juin 1642, Pour agrandir leur jardin. Ces deux rues ont été rouvertes au XIXè siècle.
Passons maintenant aux îles de maisons, appelées moulons dans le pays. Leur épaisseur est partout de 60 mètres environ; mais cette épaisseur est, sur le haut de la ville dans le sens de l'E. à l'O., et, sur le bas, dans le sens du N. au S., en sorte que c'est constamment sur les rues traversières que se trouve cette épaisseur.

Nous donnons, d'après le cadastre actuel,. le plan d'une de ces îles. Malgré les changements qu'y a apportés le temps, il est facile d'y reconnaître le tracé primitif de chaque lot. Des lignes divisoires, tracées de quatre en quatre mètres perpendiculairement aux rues principales, limitent des lots égaux ayant façade aux deux extrémités. La profondeur de chaque île étant d'environ 60 mètres, en admettant qu'elle fût divisée par le milieu de manière à donner un lot égal sur chacune de ses deux façades, il en résultait que chaque ménage occupait une superficie de 4X60/2 = 120 m.c.

Il ne faut pas croire que les rues de Beaumont aient toujours été aussi bien entretenues qu'elles le sont aujourd'hui.

La chaussée des principales voies ne fut pavée qu'en 1777 (Délibération des 16 mars 1777 et 11 février 1788), lors de la construction des routes de Montauban et de Toulouse. Jusqu'en 1786 (Délibération du 2 avril 1786) les maisons étaient toutes munies d'auvents (enporches), qui surplombaient sur la rue et rendaient le passage des charrettes impossible. La dernière de ces encombrantes constructions n'a disparu qu'en 1820 (Archives de la mairie. - Affaire Cirol).

L'éclairage public commence en 1761 (Délibération du 8 septembre 1761); on établit cinq lanternes garnies de chandelles, l'une devant l'hôtel-de-ville et les quatre autres aux angles de la place; quelques autres réverbères sont installés en 1785 pour être allumés de la Toussaint à Pâques (Délibération du 11 septembre 1785).

Le balayage fut pour la première fois à quatre dizainiers le 9 mai 1773 ; enfin, pour veiller au bon ordre, la maréchaussée est installée en 1772 (Délibération du 4 octobre 1772) rue de la Font, dans une maison que la ville avait autrefois acquise pour loger les troupes de passage.

LA PLACE PUBLIQUE.

La place publique est au centre de. la ville : c'est un vaste parallélogramme d'environ 35 sur 40 mètres de côté, dont la couverture en tuiles est supportée par une véritable forêt de piliers en bois. Deux des piliers du milieu, qui offrent encore quelques profils caractéristiques de l'époque, remontent certainement à la fondation. Que de fois cette immense charpente a été réparée! En 1718 elle menaçait ruine, à ce point que les étrangers désertaient le marché de peur d'accident (Délibération du 2 janvier 1718). Mais la ville était si obérée qu'elle ne put faire sa réparation qu'en 1743 ; encore y fut elle contrainte par un écroulement partiel (Délibération du 23 mai 1743).

Tout autour de la place couverte, une large voie; puis, sous les maisons qui l'entourent, des galeries couvertes, appelées cornières. C'est sur cet emplacement que se tient, depuis l'origine, la foire du samedi, concédée par, la charte de 1278 Chaque semaine la ville prend ce jour là des airs de fête et présente une animation extrême; c'est un des marchés les plus actifs du département.

Au milieu de la halle couverte était établi, dès le XVI, siècle, le poids public. Il se composait de mesures en pierre, telles qu'on en voit encore à Carcassonne pour le jaugeage des grains, et d'une série de poids en fer. Tout cela fut remplacé en 1752 (Délibération du 22 janvier 1752) par des mesures et poids en bronze achetés à Bordeaux,. sur l'observation faite au conseil de ville que Bordeaux employait le même système métrique que Beaumont.

L’HÔTEL DE VILLE

Beaumont est né au XIIIe siècle pendant le grand mouvement d'affranchissement poursuivi par les communes avec l'appui de la royauté ; elle n'eut pas à lutter pour conquérir ses libertés : elle les trouva dans son berceau avec la charte de 1278, qui institua quatre consuls électifs.

Il est probable que, dans l'origine, à Beaumont comme partout ailleurs, les assemblées communales se tenaient sur la place publique ou même dans l'église (Une assemblée générale se tint encore dans l'église le 15 mai 1650). Toutefois, à défaut de pièce plus ancienne qui le constate, nous pouvons .établir, d'après un procès verbal de notaire (Sanior et major pars habitantium dicte ville Bellimontis convocata et congregata ad infrascripta et alia negocia dicte civitatis peragenda, ad sonum campane, et in domo coinicii, ut moris est. (Regist. de Quercu, not. Bellim., 24 julii 1519), qu’en 1519 l'hôtel-de-ville existait depuis longtemps. A cette date, les notables étaient réunis, au son de la cloche du beffroi, dans la maison commune pour y régler les affaires de la cité.

Une délibération du 12 février 1747 constate que l'hôtel-de-ville, édifié sur la place (Sur l'emplacement actuel de la rue, entre la place publique et l'Hôtel de France), avait été construit dès l'origine en pans de bois, torchis et briques; il était en si mauvais état, que bien des fois il fut question de le rebâtir (Délibérations des 15 juin 1688, 5 juin 1693, 9 mars 1743, 2 novembre 1747). En 1743 il menaçait ruine, a ce point que jusqu en 1747 les séances du conseil se tinrent devant la porte ou chez le secrétaire en cas de mauvais temps. Mais la caisse municipale était vide et il fallut se contenter d'une grosse réparation. Enfin, en 1792 M. de Cirol, propriétaire de la maison qui est aujourd'hui l'Hôtel de France, ayant engagé un procès avec la ville à cause de l'obscurité et de l'humidité que lui causait le trop prochain voisinage de la maison commune (Elle était à 4 pieds (1m30) de sa façade), le conseil acquit le couvent des Cordeliers, vendu comme bien national, et s'y transporta.

Peu après, la ville dut céder la place à l'administration du district et plaça la maison commune dans l'ancien presbytère (Délibération du 17 nivose an III.), où elle ne dut rester que peu de temps, puisque l'inventaire des meubles communaux dressé le 15 prairial an VIII fait connaître que la mairie était retournée aux Cordeliers. Elle y resta jusque vers 1850, époque où elle fut transportée sur le haut de la place, où elle est encore.

L'ÉGLISE

L'église a peu changé depuis sa construction qui semble remonter à l'origine de la ville. Plusieurs chapelles sont venues s'y ajouter entre ses contreforts, de 1450 à 1550, élevées par la piété de diverses confréries. Il n'entre pas dans notre plan de la décrire plus longuement; nous laissons le soin de cette très intéressante étude à de plus compétents.

Autrefois se trouvait derrière l'église, en avancement de la rue, une grande sacristie, qui fut quelque temps consacrée au dépôt des archives municipales (Délibération du 2 avril 1733 et ler mars 1766).

Au midi et sur l'emplacement actuel du Calvaire et de la rue était un petit cimetière, abandonné dès le XVIIè siècle (Délibération du 21 novembre 1762). Le grand cimetière hors des murs fut ouvert à la fin du XVIè siècle, sous le nom de Saint-Michel (Divers testaments Lafaurie et Codercy, de 1550 à 1595).

L'église de Beaumont, qui est un des plus beaux édifices religieux de la contrée, est classée comme monument historique.

LES CONFRÉRIES

Nous ne nous arrêterons pas aux nombreuses confréries qui ont vécu dans l’église même de Beaumont (Nous avons trouvé de nombreux renseignements à ce sujet dans les papiers qu'il nous a été loisible de compulser) ; les seules qui nous intéressent au point de vue topographique sont celles qui ont construit des édifices à leur usage exclusif :
ce sont les Pénitents bleus et les Pénitents gris.

Les premiers en date sont les Pénitents bleus, dont l'a chapelle subsiste encore et paraît remonter à la fin du XVIè siècle; elle sert aujourd'hui de gymnase communal, après avoir été, sous la première Révolution, le lieu de réunion de la Société populaire.

La chapelle des Pénitents gris fut bâtie en 1615, (Bailh à bâtir l'église des Pénitents gris. (Monbeilhan, notaire, 31 décembre 1614) «Seront tenus faire portes semblables à celles des Pénitents bleus) elle était située en face de l'extrémité de la rue Saint-Sardos. Elle a complètement disparu, après avoir servi de fabrique de salpêtre pendant la Révolution(Délibération du 10 germinal an III).

LES COUVENTS

Au XVIè siècle les Cordeliers avaient un couvent sur les bords de la Gimone, hors des murs. Pillés et massacrés par les Huguenots,.ils durent se réfugier à l'intérieur, où ils paraissent installés dès 1535-dans les bâtiments de l'ancien hôpital Saint-Jacques, rue de Gimone. Les sept religieux qui existaient en 1791 refusèrent le serment civique et furent expulsés; leur couvent, vendu comme bien national, fut occupé un moment par l'hôtel-de-ville. C'est aujourd'hui une école communale de garçons.

Beaumont avait aussi un couvent de femmes, les Clarisses, qui y étaient établies dès 1644 (Délibération du 31 avril 1644). Elles s'étaient consacrées à l'éducation des filles. En 1791 une seule des neuf religieuses ayant consenti à prêter serment, le couvent fut fermé et vendu au sieur Dirat (Délibération de 1791 et 1792 passim).

LES HÔPITAUX

Dès les premiers temps de notre ville, elle fut dotée, par la piété des fidèles, de nombreuses oeuvres de bienfaisance. Les testaments de Donadieu et de Tournier (Testamentum Guillelmi Bertrandi Tornerii actum in loco Bellimontis anno Domini 1487 et die XVII mensis julii (registrum Soldaderii, not. Bellim.). - Autre testament de Remond Donadieu, revu par sieur Etienne le 17 août 1449. Remundus Donadei legavit hospitali Sti Spiritus et Sti Jacobi quinque cuilibet denaria) font connaître qu'il existait déjà en 1449 deux hospices, celui de Saint-Jacques et celui du Saint-Esprit, et quatre hôpitaux généraux sans autre indication. Ces derniers étaient, sans doute, de ces maisons de peu d'étendue si communes au moyen-âge, fondées par les confréries ou les corporations pour servir d'asile à ceux de leurs membres que la maladie ou la misère avaient visités; ces maisons n'ont d'ailleurs laissé aucune autre trace que leur mention dans plusieurs testaments du XIVe siècle.

Quant aux deux autres hôpitaux, il en est souvent parlé dans les minutes anciennes des notaires. Celui de Saint-Jacques reçoit de très nombreux legs de 1435 à 1510; à partir de 1550, on n'en trouve plus mention dans aucun acte. Cet hôpital, qui était dans la rue Saint-Jacques ou de Gimone, fut occupé ensuite par les Cordeliers. (Voir ci-dessus les Couvents)

L'hôpital du Saint-Esprit existe encore rue de Gimont; il était largement doté au XVIIIè siècle, comme il résulte d'actes authentiques. Sans pitié pour les misères du peuple, la Révolution le dépouilla de ses biens, et les religieuses qui le desservaient furent remplacées par des laïques (Délibération du 24 août 1792). Les administrateurs, renvoyés, cédèrent la place aux sans culottes; alors on vit « l'hôpital sans ressources ni revenus, les malades sans feu ni pain (Délibération du 3 messidor an III et suivantes). » Le Conseil de ville y supplée en faisant prendre du blé dans le grenier public et du bois dans les communaux.

LES FORTIFICATIONS

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Au moyen-âge il n'est pas de cité de quelque importance qui ne soit entourée de fortifications ; les luttes de seigneur à seigneur, de ville à ville, rendaient nécessaire ce moyen de défense. Ainsi furent construites les bastides que fonda Eustache de Beaumarchais, au nombre desquelles figure Beaumont.

Une muraille de cinq pans d'épaisseur (1m10) avec fossé (Délibération du 11 mars 1685) l'entourait de toutes parts. Ce mur était percé de quatre portes, se faisant à peu près face deux à deux (Délibérations passim) : la porte de Launac (lettre P du plan), sur le chemin de Montauban, vis-à-vis de celle de Lectoure (U), sur le chemin de Glatens (Porta Lectore confrontantem cum itinere quo itur ad Glathenis Registrum Soldaderii, not. anno 1447) ; celle du Cimetière (N), donnant sur le chemin de Lavit (La porte dicte deu Sementière confrontant avecques le chemin de Lavit. (Registre de Codercy, not., 1547, folio 8), faisant face un peu obliquement à celle de Gimone (S), la plus importante de toutes, sur la route de Toulouse.

Les portes étaient percées au bout d'un passage voûté, pratiqué au milieu d'une tour (Délibération du 20 janvier 1733), dont le rez-de-chaussée comprenait le logement du portier et un corps de garde (Délibération des 8 août 1673, 21 octobre 1666, 4 novembre 1707). Une demi-lune formait à l'extérieur un ouvrage avancé (Délibération du 29 septembre 1652) Les quatre portiers recevaient annuellement 36 livres (Comptes de 1698 et 1726), et la garde, qui n'était faite que dans les cas de nécessité, se composait de deux bourgeois et d'un chef de poste; à l'époque de la Fronde (Délibérations de 1650 à 1660, passim), les portes de Launac et de Lectoure furent condamnées et les deux seules restées ouvertes furent gardées avec rigueur. L'archiprêtre, aussi bien que les consuls, avaient leur tour de commander la garde. Jusqu'en 1683 (Délibération du 7 août 1683) des chaînes de fer, tendues jour et nuit, défendaient l'entrée.

Quatre tours protégeaient les parties les plus faibles de l'ouvrage; c'étaient :
La tour de Gimone (lettre Q du plan) (Délibération du 28 mai 1713) ; celle de SaintMichel (S), dont on voit encore les premières assises au bout de la rue Saint-Sardos ; celle de Grandselve (T) (Registre de Lafaurie, not., 25 août 1603; bailh à bastir les murs) celle de Mauguiraud (M), plus tard appelée la Glacière (Délibération du 8 août 1673), lorsque Cassaigneau, archidiacre de Lectoure, eut obtenu d'y faire un dépôt de glace à condition de laisser libre la chambre du premier étage.

Enfin, au lieu où est actuellement l'Esplanade, s'élevait le Château du Roi, dominant la vallée de la Gimone et presque toute la ligne des fortifications. C'était, pour ainsi dire, l'œil du pouvoir central surveillant le pays et la ville; aussi les habitants le virent-ils disparaître sans regret lorsque la déclaration de 1626 ordonna la démolition des châteaux et forteresses de l'intérieur. Ce n'était plus, en 1748 (Registre terrier de 1748 ; biens nobles : terre inculte au lieu dit le Château du Roy), qu'un terrain inculte. En l'an VIII, la misère étant à son comble, la municipalité établit un atelier de charité et fit niveler cet emplacement pour en faire une promenade publique (Registre des arrêtés de l'an IV à l'an VIII).

Les murailles de Beaumont devaient avoir, comme celles des bastides voisines, 36 pans (8 mètres) de haut et les fossés 30 pas de large. Un chemin courait sur toute la longueur du mur et traversait les chambres supérieures des tours (Délibération du 8 août 1673) de distance en distance, des guérites en briques abritaient les soldats en observation sur les remparts (Note manuscrite de Lafaurie, notaire, en fin de son registre d'actes de 1604) A l'intérieur de la ville, un chemin de ronde permettait de circuler pour la défense de la place (Charte de 1504, réglant la question de propriété du chemin de ronde entre l’abbé et les habitants).

Lorsque, après les troubles de la Fronde, qui eurent un grand retentissement dans ce pays, Louis XIV eut pacifié la France et fait disparaître à jamais la puissance féodale, les guerres intérieures n'étant plus à redouter, les fortifications des villes non frontières devenaient sans objet. Aussi, bien que ce fût pour les consuls une obligation légale de les entretenir, ceux de Beaumont laissèrent dépérir leurs remparts. Ils ne les réparaient qu'à regret, et chaque réparation, faite avec les matériaux tombés, réduisait les murs en hauteur et en épaisseur (Délibérations des 11 mai 1685, 28 mai 1713, 3 janvier 1718, 20 janvier 1733 et suiv.). En 1720 la peste ravage le Midi les remparts de Beaumont sont dans un tel état de délabrement que, pour défendre aux étrangers l'accès de la ville, les consuls sont obligés de faire établir des palissades et recreuser les fossés (Délibération du 18 août 1720). Un arrêt du Conseil du Roi du 8 septembre 1768 permet aux habitants de ne maintenir le mur qu'à une certaine hauteur (Elle n'est pas indiquée au registre des délibérations). En 1777, pour la construction de la route d'Auch à Montauban, on fait une brèche au rempart au bout de la rue de Larrazet (Délibération du 21 décembre 1781). Enfin, par nouvel arrêt du Conseil du Roi du 29 décembre 1779, les consuls sont autorisés à démolir les fortifications et à en vendre les matériaux. Leur emplacement et celui du fossé furent convertis en une promenade plantée d'ormes, qui fait le tour de la ville et porte le nom de Tour de ronde.

Nous avons tâché de suivre, sur des pièces originales encore peu explorées, le développement successif de Beaumont, au point de vue purement topographique. Un jour, peut-être, par de nouvelles recherches, pourrons-nous compléter ce travail, pour lequel nous demandons toute la bienveillance du lecteur.

PAUL RIGOT.

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